Le bloc-notes du Désordre |
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vendredi, mai 31, 2002
Lu dans Libération aujourd'hui Vertige verbal et visuel « Evidemment après les nouvelles d'hier, bien des choses paraissent fades. » Philippe De Jonckheere a écrit ces lignes mardi 28 à 2h15. La narration des « nouvelles d'hier » a été faite la veille, lundi 27 à 3h22 : « J'ai reçu ce matin un coup de téléphone de la Société des Gens de Lettres m'indiquant que le site "Désordre" avait gagné le Grand Prix SGDL du Site Internet Littéraire du printemps. » Et depuis, d'autres textes insomniaques ont dû tomber sur le bloc-notes parallèle à l'exceptionnel site « Désordre » qu'on a le bon goût de primer. « Désordre » est un chaos labyrinthique organisé ; un capharnaüm - telle la ville qui donna ce mot - de verbe, d'impasses, d'images, de tunnels, de liens, de citations et de passerelles. Philippe De Jonckheere (informaticien, poète photographe plasticien, artiste numérique, écrivain, oulipien émérite) serait-il épuisé alors qu'on vient de saluer son talent, l'ampleur de son travail harassant ? Il confie dans sa newsletter: « du coup je suis un peu trop impressionné par cette marque bruyante de reconnaissance et j'avoue ne plus savoir quoi vous concocter pour les prochaines mises à jour. » On ne peut y croire. Celui qui sans cesse réécrit ses images ou remet en scène ses mots semble être un permanent torrent créatif. Lui qui, entre autres travaux littéraires, creuse jusqu'à l'os la mémoire de Georges Perec en réalisant, exemple parmi cent, une « tentative d'épuisement de tentative d'épuisement d'un lieu parisien » semble être un volcan de créativité tous azimuts, compulsif de la mise en ligne et en abyme. « Désordre » est un vertige inénarrable. Cet enchevêtrement de mots et de pixels dans lequel on croise, désorienté, Cortazar ou Beckett, Desproges ou Apollinaire ne se dit pas : il s'éprouve, au bon sens du terme. C'est une tentative inavouée d'épuisement de tout internaute assoiffé d'esprit. Mieux, c¹est même, - et De Jonckheere l'ignore probablement -, une auto-tentative d'épuisement de son auteur. « Désordre » est un « grand bleu » verbal et visuel. On se laisse entraîner par ses courants étranges jusqu'aux tréfonds. L'auteur veut-il signifier que la littérature et la photographie sont des apnées ? Si oui, alors ne surfons plus : plongeons. Francis Mizio ( Francis Mizio, autrefois journaliste à Libération, co-fondateur du cahier interactif, est écrivain, on lui doit notamment "Surfe Mamie, surfe l'internet ( mal ) expliqué à ma grand-mère" qui est sorti au Seuil. Voir aussi le site de Francis Mizio. En préparant un nouveau dossier ( dans une telle période de chance, il faut taper le fer pendant qu'il est chaud et d'autre raisonnements du même tonneau ), je suis tombé sur les images des "unspeakable crimes of the West".C'était à Portsmouth. J'allais régulièrement traîner mes guêtres au bout de la plage d'Eastney, y croisant le plus souvent des pêcheurs invétérés se recroquevillant sur eux-mêmes, prêts à en découdre avec le merlan au bout de leurs lignes au delà de la nuit ou encore des individus interlopes cherchant tranquillité pour concilier leurs activités subreptices. A marée basse une mince jetée de terre, remblai naturel, permettait de marcher en avant dans la mer à pieds secs. Etre au bout de cette jetée à la tombée du jour, face à l'Ile de Wight. Sur le chemin du retour, des cubes de béton grossier, à l'alignement sans cesse contrarié par la marée haute, qui visiblement prenait grand et malin plaisir à déséquilibrer ces conglomérats cubiques, plantés là dans un sol trop meuble. Pêcheurs et pécheurs, la nuit tombée tout à fait, revêtaient des allures de vagabonds obscurs et inquiétants. De retour à ma voiture, le vent pensai-je, un mauvais plaisant peut-être, repensai-je plus tard, avait plaqué contre le pare-brise la double page d'un journal dominical ( le Times crois-je me rappeler ). Le titre, je m'en souviens lisait "the unspeakable crimes of the West". Intrigué par ce titre, je lus quelques lignes que je ne pus plus lâcher. L'article était écrit par un médecin psychiatre appelé à la rescousse par la Police de Glouchester qui venait d'arrêter un couple, Emma et Fred West, pour avoir découvert que ce couple incivil s'était rendu coupable de toutes sortes de crimes sur des jeunes femmes, viols, tortures, meurtres et cannibalisme. L'affaire découverte un an auparavant avait fait grand bruit, aussi l'article de ce dimanche, écrit par un spécialistes posé, narrait froidement par le menu les découvertes macabres de la police d'alors. Parmi les atrocités les plus éprouvantes de cet article, le lecteur, dans mon cas réfugié du vent fort, dans son automobile, lisant à l'aide du faible éclairage de la conduite intérieure d'une modeste Citroen, apprenait que les époux West avaient eu deux enfants dont une fille, qui à l'époque de la mise à jour des faits, avaient une vingtaine d'années. Ses enfants avaient connu les pires violences. Madame West qui se prostituait régulièrement au pub local avait pour coutume de garder les préservatifs de ses clients, et Monsieur West d'en récupérer le substrat pour l'innoculer à leur fille adolescente par voie d'une seringue ( apparemment toujours la même ), dans le but secret mais avoué plus tard de toucher des allocations: chez les West on faisait apparemment feu de tout bois pour arrondir les fins de mois. Emprunt à une nausée tenace à la lecture de cet article dont je ne parvenais plus à me détacher, je décidais de retourner sur la plage prendre l'air. Les cubes de béton m'accueillirent dans la ténèbre et leurs ombres sans fissures me firent peur, de cette peur déjà ancienne que l'on me coule dans un bloc de béton. En effet, c'était une des méthodes des époux West pour de débarasser des encombrants cadavres de leurs victimes, ils avaient de fait coulé en plusieurs fois une terrasse un peu démesurée pour leur modique jardinet. Photographie extrait de la série "the unspeakable crimes of the West", tirage aux sels d'argent combiné (deux négatifs), Portsmouth, 1995 mercredi, mai 29, 2002
Toujours en travaillant sur le site de "l'Entre-tenir à Saint-Dizier", j'ai numérisé le texte "le Plan Masse", issu du rapport du Préfet Pisani de 1952. Le Vert-Bois à Saint-Dizier allait devenir la première ville nouvelle. Ce document a par aileurs servi de point de départ à la réflexion et aux travaux de "l'Entre-tenir" ( à l'époque constitué de François Larcelet, Stéphane Gatti, Michel Seonnet et Katy Couprie ). A la lecture de ce dernier, mes sentiments sont partagés tant il est étonnant de voir mêlés le meilleur dont nous sommes capables, concevoir un projet d'avenir et le pire aussi, ne pas l'entretenir. Les images que j'inclus ne sont pas très objectives ( quelles images le sont? ), elles ont été prises un jour gris et aussi avant les grands travaux de réfection des bâtiments du Vert-Bois. Mais ce jour de fin avril 2002, les choses étaient comme cela. LE PLAN MASSELa création volontaire et réfléchie d'une cité constitue depuis la plus haute antiquité un acte de foi en l'avenir en même temps qu'une expression magistrale et positive de l'action humaine. Les buts ont pu varier. Ils ont été tour à tour religieux, militaires, commerciaux ou triomphaux; au XXème siècle, ils se circonscrivent davantage et tendent heureusement à répondre aux besoins humains, à la fois individuels et collectifs, d'une population qui tire ses ressources de son travail. Ce sont essentiellement ces buts que doit s'efforcer d'atteindre le nouveau Saint-Dizier. Ils apparaissent clairement aujourd'hui cependant que, dans son " Histoire de l'Urba-nisme ", Pierre Lavedan remarque que " la conception que l'on se fait de la ville change avec les époques. Au XVIIIème siècle, les villes, ce sont de beaux monuments, des places à ordonnance; au XIXème siècle, ce sont des maisons et des rues, des maisons qu'il faut rendre saines et des rues qui doivent être commodes; au XXème siècle, ce sont des habitants. Avant d'être un assemblage de maisons et de rues, la ville nous apparaît comme un assemblage - disons mieux : comme une ensemblée d'êtres humains. On revient à la parole des Grecs : " ce n'est pas le mur qui fait la cité ". En 1952, cette évolution a conduit à une libération dont les effets sont sensibles dans les moeurs et dans les vêtements comme dans l'aménagement des villes. Qui ne se rappelle en effet les accoutre-ments de nos arrière-grand-mères et le manque de liberté des jeunes garçons et filles de 1900 ? C'est bien à notre image et dans la perspective des enfants de l'an 2000 que les créateurs de villes doivent, sinon anticiper, du moins largement prévoir puisqu'aussi bien il n'est pas possible de trans-former la cité à chaque génération. Ainsi les exigences d'un standard de vie et d'un confort consi-dérés aujourd'hui comme normaux, considérés hier comme somptuaires, marquent-elles la complexité croissante de l'organisme urbain. Pensons aux besoins de la famille française de 1953 dont les enfants, qui trouvent normales la désintégration de la matière et les vitesses supersoniques, sont bien en droit d'attendre radio, télévision, frigidaire, sans compter ces éléments de confort qui sont désormais tradi-tionnels. Les exigences de l'avenir sont si grandes qu'il serait très grave de décider de la ville en fonction du seul passé. Aujourd'hui, c'est l'homme qui conditionne la cité. Il faut organiser l'espace pour qu'il y ait sa meilleure part d'air, de lumière, de vision, de verdure, de commodité, et aussi d'isolement. Aménageons-lui un cadre aimable (dans " aimable " il y a " amour ") afin de lui permettre, dans toute la mesure du possible, de tendre vers ce qui fut et demeure le but permanent des hommes : le bonheur. Mais, dira-t-on, les opinions sont diverses, et pourquoi vouloir faire à tout prix le bonheur des autres ? Rien n'est parfait sans doute, mais de trop nombreuses expériences nous montrent ce qu'il ne faut pas faire et il nous est possible désormais de choisir la santé et de lutter contre la maladie. Dans le domaine social et urbain comme dans le domaine individuel il nous est possible, non pas de faire le bonheur des autres, mais de créer les conditions de ce bonheur. L'existence lamentable que mènent des millions de citadins est imposée par de mauvais logis. mal répartis, dans des villes inadaptées aux besoins du présent. Au cours du XIXème siècle, la concentration individuelle et la concentration humaine qui en est la conséquence, provoquent la croissance anarchique des cités; c'est de là que vient le mal. Vers 1900, devant la gravité du phénomène, on cherche des remèdes. La collectivité fixe des limi-tes à la liberté, que chacun croit avoir, de construire à sa façon et, progressivement, l'urbanisme naît pour rétablir l'ordre et l'harmonie. Aujourd'hui, le monde moderne s'aperçoit que la création volontaire et ordonnée de villes à popu-lation limitée peut seule résoudre le problème posé par les abus de l'individualisme. Ainsi prennent naissance les projets d'aménagement et d'extension qui définissent, dans un cadre préétabli, la répar-tition du sol, son affectation, ainsi que les disciplines et servitudes que doivent observer les bâtis-seurs. Ce cadre c'est ce que l'on appelle d'un nom un peu barbare le " plan de masse " et plus couramment le " plan-masse ". Qu'est-il ? Le plan-masse est l'image selon laquelle un programme de construction défini se réalisera dans un espace défini. Il constitue un ensemble à trois dimensions où des bâtiments disposés en fonction les uns des autres s'harmonisent plastiquement et s'organisent pratiquement. C'est le tracé des voies, des espaces libres, des perspectives. L'organisation totale de l'espace dévolu au projet, c'est aussi le dessin d'un cadre de vie. Dans le passé, les villes volontaires sont commandées par le tracé géométrique des voies. Telle était déjà la ville de la tribu de Levi, carré dont les côtés s'orientaient vers les points cardinaux; tels sont les quadrillages de Chicago, de Saïgon, de San-Francisco, dont le tracé orthogonal divise parfois un terrain accidenté et dont la pente atteint 29%; Washington enfin, dessiné par le major Lenfant à la fin du XVIIIème siècle et qui, pour la commodité de la circulation, a créé les voies diagonales dans son quadrillage. Telles sont, dans le cours de l'histoire, les villes-forteresses au tracé en éventail ou en toile d'araignée. Ainsi sont construites, sous l'impulsion de Napoléon, La Roche-sur-Yon et Pontivy. Ainsi le baron Haussmann modifie-t-il le caractère de Paris. Ainsi enfin, Deauville vers 1864 et Paris-Plage vers 1880 sont-celles construites, le compas et la règle en mains. Et là s'est définie une conception de la cité : des rues et, autour, des maisons. Ce genre de plans dispose bien des bâtiments publics, indique les grands alignements, mais néglige en fait ce que nous appelons maintenant le plan masse. Plus près de nous se situe un mode nouveau d'expression qui s'est manifesté en particulier en Scan-dinavie et en Amérique. Le concept nordique tend à l'implantation de bâtiments comme en un semis dans la nature, au travers de terrains le plus souvent boisés. C'est la ville-parc qui s'organise en des assemblages arbi-traires de constructions en forme de tours, de bandes ou de pavillons juxtaposés. Quant au Nouveau Monde, des conceptions neuves se font jour et l'on trouve des exemples de tracés fonctionnels sans souci aucun d'une géométrie orthogonale ou circulaire. Tel est le plan d'amé-nagement de Chimbote en Amérique du Sud. La conception de Chicago appartient déjà à l'Histoire. Le nouveau Saint-Dizier.Le Vert-Bois est un côteau d'une centaine d'hectares orienté au Sud-Sud-Ouest et séparé de la ville par une ligne de chemin de fer, un canal et la déviation de la route nationale Paris-Strasbourg. Il est couvert de vergers et couronné dans sa partie Nord-Est par une forêt aux beaux arbres de haute tige. Quelques petits pavillons et cabanes - rares d'ailleurs - apparaissent seuls au milieu des arbres fruitiers. Une première étude a été mise au point au cours de l'année 1951 dans l'esprit de certaines réalisations nordiques : composition libre, guidée par une idée générale de mouvement de masses accen-tuant le dénivellement du côteau, c'est-à-dire disposant les petits bâtiments vers la base et les grands progressivement vers la hauteur. Cette disposition des immeubles, orientés tous ou presque tous vers le Sud-Ouest, s'achevait par un ensemble de grands blocs d'une dizaine d'étages dans la forêt elle-même. Une route de forme annulaire raccordait directement l'ensemble au centre de la ville actuelle; d'autres voies étaient projetées en liaison avec les artères existantes. On découvrait dans cet ensemble un centre commercial proche de l'ancienne agglomération, tandis qu'un autre centre com-mercial et administratif était prévu au milieu de la zone résidentielle. Les études diverses ont modifié les détails du projet, mais conservé une volonté de composition très souple fixée dès l'abord, et à laquelle s'étaient, après de longues discussions, ralliés l'Office d'H.L.M. et le Conseil Municipal. Néanmoins, au début de 1952, des études nouvelles ont été entreprises sur de nouvelles bases, à l'initiative du service d'architecture du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme. D'autres yeux examinent alors le terrain et tentent de deviner comment les hommes pourront y vivre dans les meilleures conditions, en société orgiranisée en conservant néanmoins une possibilité d'y épanouir une personnalité. Les moyens restent à définir. L'on passe d'une conception architecturale de l'ensemble à une concep-tion plus fonctionnelle. Un point reste acquis qui détermine le cadre dans lequel devront évoluer les études du plan-masse : les liaisons avec la ville-elle-même sont déterminées d'une façon définitive; d'abord à l'Ouest-Sud-Ouest avec un franchissement inférieur que l'on décide d'aménager sous la déviation de la Nationale 4, ensuite à l'Est, avec une route forestière déjà réalisée et qui aboutit à l'extérieur de la ville sur la route nationale. Le problème le plus important semble être le choix de l'emplacement du centre d'activité de l'agglomération future. Si ce centre est placé trop près de l'agglomération ancienne, toute la partie Est Nord-Est sera isolée et mal desservie. Si, au contraire, il s'éloigne vers l'Est, vers le Nord-Est précisé-ment, toute la partie du quartier nouveau proche de l'agglomération sera absorbée par celle-ci et un grand déséquilibre en résultera. Nul doute n'est possible : le centre d'activité doit être conçu de telle façon qu'il soit vraiment le coeur de la cité nouvelle. Il doit être dans la partie proche du bois, au débouché de la tranche forestière, à un niveau tel qu'il domine la plaine et qu'il ouvre ses perspectives largement en éventail d'Est en Ouest sur la vallée de la Marne et Saint-Dizier. Placé de la sorte, il pourra constituer un ensemble architectural de qualité et être le plus commode possible; à égale distance des deux extrémités de l'ensemble, à égale distance précisément des deux chantiers qui déjà s'organisant l'un de 216 logements H.L.M. l'autre de 200 logements militaires - chantiers qui, pour des raisons diverses (propriétés du sol, raccordement au réseau) ne pouvaient être entrepris ailleurs. La pente du terrain impose le dispositif en amphithéâtre, parce qu'il est le plus susceptible de tirer parti des courbes de niveau. Cinquième version définitive.Au début du mois d'octobre 1952, le projet subit de nouvelles modifications. Une voie Nord-Ouest -Sud-Est n'était jusqu'alors qu'un chemin de traverse. Elle se transforme en une voie principale au tracé souple; le stade retrouve sa position dans l'axe général, tandis que la grande salle de spectacle est implantée à nouveau au Sud de la place centrale et que disparaissent au-dessus de celle-ci les bâtiments collectifs. L'église est déplacée vers l'Est au delà de la percée forestière et constitue le centre d'un ensemble harmonieux. Enfin, au Nord-Ouest, les ensembles carrés situés le long de l'avenue s'ouvrent vers le Sud, les bâtiments n'étant plus jointifs. Un aménagement complet de cette vision qui comporte en germe toutes les bases du plan-masse définitif est opéré quelques semaines plus tard. Le rythme un peu monotone des bâtiments au sud de l'avenue-promenade est rompu. On conserve seulement trois des ensembles carrés, l'emplacement ainsi libéré servant à l'un des groupes scolaires et complétant le circuit des promenades; la forêt au-dessus de la place centrale est jalonnée d'immeubles-tours de neuf étages disposés en un arc de cercle dont le mouvement a été amorcé à l'Est par le grand âtiment collectif. La place centrale définitivement ordonnancée est complétée par l'apparition de constructions à étages disposées perpendiculairement à sa façade. La zone Ouest des pavillons individuels en bandes est très délimitée, le groupe scolaire n'en faisant plus partie. Le second groupe scolaire est reporté à l'Est de l'axe principal complétant l'ensemble de verdure formé par le stade et les terrains de jeu. La différenciation des voies principales et des voies secondaires réservées plus particulièrement aux piétons et aux bicyclettes est bien définie. Tous les secteurs de la ville sont pourvus de parkings à voitures; les espaces verts comportent un circuit de grandes promenades et de petits parcs de jeu permanents destinés aux enfants. La cité scolaire au sud de la Route Nationale, destinée à l'enseigne-ment secondaire et technique, complète l'ensemble. Enfin, la grande percée qui relie la nouvelle ville à l'ancienne s'oriente franchement en ligne droite bordée des bâtiments collectifs, enjambe la déviation de la route Nationale 4 pour raccorder en carre-four à l'une des principales artères existantes après avoir passé la ligne de chemin de fer. Un emplacement est réservé à la Sous-Préfecture qui, si elle était implantée à cet endroit, forme-rait une charnière autant matérielle que symbolique entre le nouveau Saint-Dizier, l'ancien Saint-Dizier et le faubourg de Marnaval. Le 6 octobre 1952, le Conseil Municipal et l'Office d'Habitations à Loyers Modérés approuvaient définitivement le projet. Est-ce à dire que l'on ne pouvait pas faire mieux ? Non, sans doute; tous les plans, tous les projets pourraient, peuvent être améliorés. Il n'est pas un architecte, pas un ingénieur qui, s'il en avait le loisir, n'éprouverait quelque satisfaction à reprendre ses dossiers, à remettre en cause les solutions adoptées, à serrer de plus près l'idéal vers lequel, pendant toute sa vie, il tendra de tout son talent. Mais le technicien n'est pas seul, et l'Administrateur est là qui lui fixe des délais, qui lui impose des limites et un jour vient où l'on est bien obligé de décider que la solution à laquelle on en est arrivé est la meilleure, car ici et plus qu'ailleurs, le mieux est l'ennemi du bien, et à vouloir trop bien construire on ne construit pas. Et puis à partir d'une certain degré de qualité, un projet peut être remanié, l'on n'est jamais bien sûr qu'il puisse être amélioré. Dans le cas présent, le terme des études d'ensemble n'a pas été fixé à l'avance; il a été déterminé par un accord unanime le jour où les solutions présentées ont donné totale satisfaction à la fois à leurs auteurs et aux administrateurs. Ainsi ont été définies les dispositions d'ensemble de la cité à bâtir située dans un cadre naturel que l'on s'est efforcé de conserver, reliée en de nombreux points à la ville dont elle constitue le complé-ment et l'expression moderne, et munie cependant de tous les services et les bâtiments généraux nécessaires à sa vie de cité résidentielle. L'homme y aura sa meilleure part d'air, de lumière, de vision, de verdure, de commodité, mais aussi d'isolement. Ainsi de 15 à 20.000 personnes y trouveront les conditions d'une vie qui leur apparaît aujourd'hui encore impossible. 15 à 20.000 personnes y vivront en société organisée sur une étendue de 100 hectares où les constructions représenteront seulement le sixième des surfaces dans le même temps où la densité sera en fait quatre fois plus importante (de 200 à 50) que dans la ville toute proche où le taudis et le mauvais logis règnent en maîtres, le long des rues et des ruelles sans soleil et sans arbres : 200 habitants par hectare dans une ville qui donne l'impression de luxe et qui offre à chacun un large espace - 50 habitants par hectare, dans une ville qui donne l'impression de petitesse, de tristesse et d'étouffement : tel est le plus beau titre de l'urbaniste. Cette ville est à la fois le fruit d'une rupture délibérée avec l'égoïsme individuel et un acte de foi dans l'avenir. L'aspect des villes dont la construction a été confiée au hasard de l'initiative individuelle, leur inconfort ont conduit à l'urbanisme. L'Urbanisme à son tour a quitté les tracés géométriques pour rejoindre une condition plus humaine de la ville dont l'élément constitutif est l'Homme. Photographies: Sans titre, tirages aux sels d'argent, Tour Armor, Saint-Dizier, 2002 mardi, mai 28, 2002
Evidemment après les nouvelles d'hier, bien des choses paraissent fades et on s'étonnerait presque que le téléphone ne sonne pas davantage, que ce ne soit pas la ruée des éditeurs et des galeries: c'est heureux rien de tout cela ne se produit et je peux continuer de travailler dans la quiétude du bureau, le téléphone inerte. Le programme du moment?: encadrements et marie-louises pour l'exposition de cet été à Termes, dans les Corbières ( pour les habitués du "Banquet du livre" à Lagrasse, c'est à une vingtaine de kilomètres d'une très belle route qui serpente ). C'est l'occasion ( pour les dossiers de presse ) aussi de dire et de redire le crédo photographique, lui aussi sans cesse changeant:"J'éprouve une difficulté croissante à décrire, par les mots, mon travail. Sans doute parce que ce dernier ne connaît pas de forme définitive et que des images, qui apparaissaient jusqu'alors sous une forme, sont souvent revisitées, reprises et augmentées. Ainsi les mots, moins aptes à ces mutations se dérobent-ils pour cerner une photographie que je souhaite instable, changeante et davantage préoccupée des idées que de leurs résultats. La photographie, à mon sens, a la très grande vertu de faire apparaître des images en marge de notre appréhension coutumière du réel, de ce que l'on photographie justement. Mon fantasme récurrent en la matière serait de pouvoir emporter un appareil photo ( même un jetable! ) dans mes rêves et qu'il me soit permis d'en rapporter quelques rouleaux. Photographier des objets et des choses appartenant au vernaculaire, à l'immédiatement reconnaissable, parfois pour se confirmer qu'ils sont bien ce que l'on attendait d'eux, ou au contraire pour découvrir par leur transformation photographique ( n'est il pas plus précis de parler de "défiguration"? ) qu'ils ont pris un tour différent. D'autre part mettre au point des procédés, les plus simples possible, qui serviront à asservir la prise de vue, à la sérialiser, à la simplifier... Le photogramme ( ou rayogramme ) est une technique exemplaire. D'autres méthodes pourront consister à faire des photographies en aveugle, au flash dans l'obscurité ou encore sans regarder dans le viseur, de telle manière à donner la parole aux objets, au photographié. Pour ce qui est du choix du photographié, du sujet, autant s'en tenir à ce qui tombe sous la main, de ce que l'on a sous ses yeux et à ses pieds. Ne pas s'arrêter en si bon chemin. L'erreur consisterait à regarder une photographie en tant que telle, comme un objet fini, désormais sans vie, sans avenir, et par là même ne pas la voir comme une image encore modifiable : peindre et dessiner sur les images photographiques, ou graver les émulsions, écrire et mêler les mots au grain, enfin faire coexister ces photographies avec les notes d'un trio à cordes ou même l'enregistrement du bourdonnement d'une mouche contre un carreau. Par simple curiosité." Photographie extrait de la série "Nuit", tirages aux d'argent d'après film inversible développé dans chimie C41, New Forest, 1997 lundi, mai 27, 2002
J'ai reçu ce matin un coup de téléphone de la Société des Gens de Lettres m'indiquant que le site "Désordre" avait gagné le Grand Prix SGDL du Site Internet Littéraire du printemps. Je profite de l'occasion pour remercier François Bon pour son support systématique depuis que le site est publié, m'ouvrant si souvent l'accès à sa pléthorique liste de distribution qu'il ne m'est pas permis de douter que sans sa fréquente et enthousiaste publicité, je ne serai pas en train de colporter pareille heureuse nouvelle. Le prix est doté d'une bourse dont je m'engage auprès de vous de surtout utiliser au service du site en essayant toujours de rendre son contenu plus attractif et plus riche. Du coup je suis un peu trop impressionné par cette marque bruyante de reconnaissance et j'avoue ne plus savoir quoi vous concocter pour les prochaines mises à jour. Soyez patients. ![]() Le 14 juillet 1789, le Roi Louis XVI écrivait dans son journal: "Rien". Pour hier comme pour aujourd'hui je suis tenté d'en faire autant, et pourtant non il ne s'est pas rien passé, enfin pas exactement, ce n'était pas non plus la révolution. Toutes proportions gardées. Je remarque cependant que ce matin sur le perron de la maison, mon thé avait un goût exquis, sous l'auvent, tandis que pluie et vent battaient les lourdes feuilles de l'érable. ( posté ce matin plutot qu'hier soir à cause d'une connection récalcitrante ) Photographie extrait de "Pola-journal", polaroid, 1998-1999 |