Le bloc-notes du Désordre |
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vendredi, mai 24, 2002
![]() Je ne sais plus faire des images comme celle-ci. Autrefois une pluie diluvienne était attendue comme une bénédiction, la promesse de gris qui se fondraient les uns dans les autres, aujourd'hui j'en viendrai presque à pester contre les nuages. Et je ne parle même pas du poteau au milieu de l'image. Tout ce petit mode est revenu de la longue escapade, malgré les embouteillages. Enfants et maman étaient aux anges de se retrouver. ( Puiseux-en-Bray - Bailleul - Dunkerque - Saint-Omer - Paris - Saint-Dizier - Puiseux-en-Bray ) ( photographie: Saint-Dizier, en face de la mosquée, mai 2002 ) mercredi, mai 22, 2002
Aujourd'hui toute une matinée passée avec les enfants à Trois Fontaines, très belle partie de foot dans le nef avec Nathan en passoire aux cages et Madeleine comme avant-centre efficace, le goal était souvent battu, à sa décharge ses cages étaient vraiment démesurées. Le parc s'ouvrait à nous, ses seuls habitants; deux petites ondées nous poussèrent à nous retrancher sous d'épais maronniers en fleurs. Là étendu sous le feuillage et les fleurs rouges ( un très beau cinabre ), j'observais une buse planer à contre-courant. Mon ventre servait par ailleurs de piste pour les Ferraris miniatures de Nathan.Photographie: Sans titre, tirages aux sels d'argent, abbaye de Trois Fontaines, 2002 Hier soir discussions à batons rompus sur le devenir du site de l'Entre-tenir à Saint-Dizier, Madeleine perchée sur la mezzanine, qui devait dormir à cette heure n'en perdait pas une goutte. Il était surtout question de la difficulté de rendre compte des travaux sonores et vidéos qui sont faits à Saint-Dizier dans le cadre du site. La discussion s'est suspendue pour aller boire un coup à la terrasse du Commerce, mais elle n'est pas close. En rentrant Madeleine avait enfin trouvé le sommeil et j'étais assez découragé de devoir allumer la machine et de me mettre au bloc, cette perspective-là était de fait bien moins tentante que celle de rejoindre Madeleine sur le grand lit de la mezzanine.Photographie: Sans titre, tirage aux sels d'argent, Saint-Dizier, tour Armor, 2002. lundi, mai 20, 2002
Gisèle Didi de dos.Gisèle Didi est photographe. Elle anime un site personnel, dans lequel cohabitent à la fois des images d'archives et des pratiques plus récentes de la photographie numérique et de son utilisation dans le cadre d'un site internet. Parmi les rubriques de son site qui relèvent de cette pratique davantage contemporaine de la photographie, la Chronique ordinaire est un projet particulièrement attrayant. La Chronique ordinaire part d'une idée dépouillée qui consiste à faire coexister deux images quotidiennes, d'une part un autoportrait, d'autre part une "vision du jour" ce qui revient, à peu de choses près, à une juxtaposition champ / contrechamp: à la fois, la photographe et ce qu'elle voit. Certaines journées sont plus prolixes que d'autres, donnant lieu à plusieurs combinaisons pour une même date, ou encore plusieurs autoportraits ou plusieurs "visions du jour". D'autres journées, mais elles sont plutôt rares, ne sont pas signées par cette paire d'images. En général la qualité des images est assez inégale, certaines images apparaissent très définies, d'autres floues, certaines images sont très composées quand d'autres sont surprenantes de désinvolture ( différence qui d'ailleurs n'offre aucune garantie de réussite, que la photographe s'applique à son cadrage ou qu'au contraire elle laisse la part belle au hasard qui ne fait pas systématiquement bien les choses ). De même les sujets des "visions du jour" ainsi que les circonstances des autoportraits varient beaucoup d'une journée à l'autre, les unes appartenant à la sphère de la vie sociale, les autres au contraire serrant au plus près l'intimité de leur photographe. Cette énumération laborieuse dit combien les mots cernent difficilement un projet protéiforme grandement régi par la liberté de faire que s'octroye Gisèle Didi. La Chronique ordinaire est à la fois un projet simple ( que l'on pourrait caractériser par la photographie du quotidien ), en revanche la diversité des images auxquelles il donne naissance met à jour la complexité inattendue du vernaculaire. Parmi les écueils de ce genre d'entreprises, citons l'astreinte qu'elles représentent, produire une photographie est à la portée de beaucoup, s'astreindre à en produire une tous les jours est plus contraignant. Par ailleurs, si produire une photographie peut relever de la formalité, en produire une digne d'être montrée est évidemment plus ardu. On l'aura compris produire une image digne d'être montrée tous les jours relève d'une toute autre gageure. Et quand bien même une telle régularité est atteinte, reste une nouvelle épineuse difficulté: dans un groupe aussi vaste d'images dont le périmètre toujours s'aggrandit, puisque les images les plus récentes ne chassent pas leurs ancêtres, des images naturellement sortent du lot, et de ce fait font de l'ombre à celles qui sont moins inspirées. Dans une série close d'images il est possible d'exclure celles des images qui sont les moins abouties, les moins réussies. Dans le cas de la Chronique ordianire comme dans tous les projets quotidiens, cette coquetterie est à jamais impossible. La Chronique ordinaire, ce n'est pas le moindre de ses courages, livre un matériau brut, étroitement lié aux mouvements désordonnés de la vie. En effet, parmi les nombreux méandres livrés et explorés par la Chronique ordinaire, se fait jour l'idée qu'il s'agisse d'une vraie vie, celle d'une personne qui existe vraiment, Gisèle Didi. Pour suivre cette chronique depuis plus de six mois maintenant, j'ai fini par m'attacher à cette jeune femme dont j'ignore tout en dépit d'avoir percé certains de ses secrets au travers des images de la Chronique ordinaire ( ou plus exactement ce qu'elle accepte d'en laisser filtrer ), ou encore dont je pourrais penser savoir beaucoup de choses sans la connaître vraiment, puisque nous ne nous sommes jamais recontrés, c''est dire si cette connaissance est lacunaire. Il m'apparait à certaines occasions vivre dans une large communauté de pensée avec Gisèle Didi, de fait j'aime le recyclage permanent de ses images et je me reconnais aussi tout à fait dans une certaine boulimie d'images ( ce qui concourre en fait au non-choix et à la relative absence de hierarchie des images entre elles ), en d'autres circonstances, en revanche, les allées et venues de cette jeune femme qui ne tient pas en place, qui sans cesse change d'idée et de cap, me donnent le tournis et je me dis que si nous devions nous connaitre, elle me fatiguerait surement. Mais ce qui prime, c'est tout de même le sentiment de ce qui nous rapproche: quand Gisèle Didi passe du rire aux larmes et des larmes au rire, de l'enfermement à la plénitude, de l'abattement à l'appétit de vivre et tous ces sentiments contradictoires, elle n'est pas très loin de moi qui peut également passer du rire aux larmes, d'un état d'âme à son antipode, elle a cela de commun avec nous tous, elle est humaine et elle vit, sentiment somme toute rassurant de partager l'essentiel. De même que je peux depuis six mois épier certains détails quasi fétichistes sur le visage ( ou les mains ou tout autre partie du corps, la pudeur de Gisèle Didi n'étant pas de son coprs mais davantage dans son âme ) de Gisèle Didi, sa petite frange sur le haut du front par exemple, autant de détails qui me la rendent proche, tandis que je ne serai pas certain de la reconnaître si je devais par un hasard extraordinaire la croiser dans la rue. Cette distorsion, comme de voir quelque chose de proche mais au travers d'un objectif grand agulaire me fascine: en effet les sites ( et les blogs ) que nous construisons jour après jour figurent des cathédrales toutes érigées et dédiées au meilleur de nous-mêmes, tandis que la chapelle de Gisèle Didi, toute virtuelle qu'elle soit, donne aussi à voir les imperfections de nos existences, l'ennui y tient même sa part dans toute la difficulté de représenter cela: l'impalpable ennui. Après des visites régulières, d'autres surprises attendent encore le visiteur: Gisèle Didi, dans son souhait de tout donner à voir ( tout, peut-être pas, mais certainement de refuser de hierarchiser les ingrédiens d'une existence ), nous livre en pature, d'une part certaines images telles qu'elles figurent affichées sur son écran d'ordinateur ( la mise en abîme de l'image de l'écran vue sur l'écran, elle-même affichée sur l'écran, elle-même... etc... n'est pas lointaine ), mais parfois aussi des copies d'écran de mails qu'elle reçoit de ces visiteurs commentant telle ou telle image que l'on a déjà vue dans nos visites ou que l'on verra prochainement lorsque l'on s'aventurera effectivement dans ces sentiers. La réalité ( ou sa virtualité ) de cette vie apparait stratifiée et des bonds sémantiques assez considérables sont accomplis par le visiteur ( dans mon cas, pour mon plus grand plaisir ). Depuis le 5 février 2001, le visage, l'appartement, les amis et les parents de Gisèle Didi ont changé, ils ont connu ( un peu en un an ) la morsure du temps. Pour ces minuscules cicatrices on pourrait aussi concevoir du fétichisme, comme les lecteurs de Proust s'émouvant de l'âge qui guête à la fois Odette de Crécy et la Duchesse de Guermantes ( de même que le temps grave et burine tous les personnages de la Recherche du temps perdu à l'exception d'Albertine ), sans manquer de galanterie on peut voir que le visage de Gisèle Didi est moins maquillé qu'il ne le fût, et ses traits en sortent plus marqués et plus sereins à la fois. Etonnant fétichisme tout de même, celui dont l'objet est réfugié au coeur d'une construction irréelle. Pour ma part je me surprends à passer la main sur mon écran sur le haut du dos de Gisèle, là où les grains de beauté sont légion. ( photographie de Disèle Didi, extraite de "la Chronique ordinaire" date du 7 mai 2002 ) dimanche, mai 19, 2002
Que fait-on du bloc-notes quand on a rien à dire ( ou si peu de choses qui seraient tellement personnelles, qu'il vaut mieux les garder pour soi plutôt que d'accabler les visiteurs qui ont déjà fort à faire avec leurs affaires )? J'imagine qu'une solution est de pointer vers ceux qui en ont justement des choses à dire ou à montrer. Alors dans le désordre, quelques sites, amis ou non, sur lesquels je passe régulièrement voir s'ils ont des choses à dire: Commençons par ceux qui ont toujours quelque chose ( d'intéressant ) à dire: http://www.remue.net, le site de littérature contemporaine fondé par François Bon et qui est désormais, celui de l'association remue.net. Il n'est pas faux de penser et de dire que tout ce que compte la littérature qui compte y est accessible, soit sur le site lui-même, soit dans son echevêtrement de liens régulièrement révisés. En matière de littérature également, on ne perd jamais son temps à aller faire un tour sur le site de Chaoid ( et en ce moment même un extrait crucial de l'Amitié de Maurice Blanchot ). La littérature toujours, cette fois mariée avec le graphisme, l'artweb ( si tant est qu'une telle chose existe, et si elle existe, c'est justement sur le site de Musil qu'elle prend tout son sens ) et l'hypertexte: on l'aura compris le site Musil n'est pas sans qualité. Je fais toujours un tour chez ce doux dingue d'Echolalie, surtout depuis que par le Wiki ( par ce barbarisme est désigné un petit prodige de programmation qui offre au visiteur la possibilité d'influer directement sur le contenu du site ) on peut aller soi-même jeter son grain de sel dans son tas de sable ( "rendez-vous au tas de sable" ) et allonger les listes toutes plus inutiles les unes que les autres. Après cela je passe ensuite consulter la chronique ordinaire de Gisèle Didi ( dont j'aimerai un jour vous parler, j'attends que la belle Gisèle y consente ); sur le site de Gisèle, il y a aussi par ailleurs une très belle liste de liens. Et quand j'ai un peu de temps devant moi, je vais faire un tour dans l'antre de LL de Mars, le Terrier. Enfin en matière de procrastination ( art de l'ajournement ), je tiens en très haute estime le soda constructor |