Le bloc-notes du Désordre |
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jeudi, mai 16, 2002
Le voyage dans le Nord charie et traine naturellement avec lui son cortège d'émotions. Quelle idée aussi d'aller voir la maison de Loos et de constater que la maison est toujours là mais qu'elle sert désormais d'annexe à la mairie de Loos. Et ses employés de la municipalité ont-ils seulement idée que dans leurs petits bureaux cloisonnés se trouvait autrefois la grande pièce dans laquelle cousins et oncles aimaient s'affronter au Mah Jong. Et la véranda existe-t-elle encore qui était l'atelier de mon Oncle Michel dans laquelle il distillait son rouge de cadnium avec parcimonie, eût égard au prix prohibitif de cette couleur. Le soir, cette fois dans la grande maison de Bailleul, encore habitée par ma tante Madeleine, seule, plafonds et murs paraissaient très haut et large pour nous contenir elle et moi, les enfants, couchés depuis longtemps dans la chambre des Beatles ( là où ma tante Madeleine a eu le bon goût de ne pas entièrement retapisser les murs épargnant la grande peinture murale de mon cousin Raymond, inspirée de la pochette de Yellow Submarine ) sacrifiant au rite des soirées d'autrefois: une petite partie de Mah Jong à deux, ce qui est d'ailleurs insipide, nous en avons convenu tous les deux, mais hélas les partenaires d'antan ne répondent plus tous présent.Aujourd'hui le coeur était plus léger, le temps magnifique et idéal pour une virée à Dunkerque avec les enfants. Nous avons couru sur une plage déserte en marge des hauts fourneaux à coke ( et toutes ces usines tentaculaires et démesurées qui figureraient presque le système nerveux du littoral tant les tubes allant de bâtiments gigantesques en halles immenses laissent peu de place sur des routes mangées par le sable et sur lesquelles on ne croise que des camions poussiéreux et surélevés ) gambadé et joué jusqu'à l'ivresse, nous nous sommes mêmes baignés à l'ombre de puissantes éoliennes. Sur cette plage en 1940, les soldats anglais battaient dans une retraite désordonnée et harcellée par le feu de l'aviation allemande. Plus tard nous sommes allés jusqu'à la jetée du Clippon, cet après-midi envahie par des cohortes de pêcheurs peu soigneux de leurs emballages gras. Tous les cubes de béton dont je m'étais émerveillé, il y a sept ans, de l'enchevêtrement aléatoire sont constellés de graffitti en deux lettres: FN. Le phare au bout de la jetée n'est pas indemne de cette peste brune, j'ai fait demi-tour le coeur gros. En revenant de Dunkerque, j'ai fait le crochet par Watten. Là la maison au bord du canal de l'Aa ( que les cruciverbistes connaissent surtout de nom ) a peu changé si ce n'est que les volets sont désormais bleus et non plus rouges ( de ce rouge brique qui contient une pointe de cadnium ). Je crois que le plus étonnant c'était de voir la maison dans le soleil et non sous le déluge habituel de brouillards opaques et humides. C'est dans cette maison que j'ai écrit Corridor, justement en regardant les champs boueux au delà de l'arbre. A l'époque, la maison de Pascal était un asile de passage pour quelques coeurs en deshérance. Nous rentrons demain pour Paris. Photographies: ( en couleurs ) extrait de la série "Densité 2,15", tirages procédé Fresson, Dunkerque, 1995. (en noir et blanc), sans titre, tirage aux sels d'argent, Watten, 1994. mardi, mai 14, 2002
Ai fini cet après-midi le dernier roman de Christian Oster ( Dans le train ) qui d'ailleurs se termine magnifiquement: "...(...)... Alors on a pris le sac, on est entrés dans un immeuble, Anne a appelé un ascenceur. La porte a glissé, j'ai préféré prendre le sac seul, c'était plus pratique pour passer. Anne a fait jouer une petite clé avant de d'appuyer sur un bouton, je n'ai pas vu lequel. On s'est élevés dans les étages, et j'étais face à elle, le sac au bout du bras, je me suis demandé si j'avais le temps de le poser, si ça valait la peine. Dans le doute, j'ai préféré le garder. Et je me suis senti las, tout d'un coup, las et lourd, avec ce sac au bout du bras qui pesait, tandis qu'Anne me souriait d'un sourire qui était comme une caresse, et que, alors même que nous montions, je m'y abandonnais avec cette autre sensation que je basculais, doucement mais vite, comme on tombe en rêve en même temps que le sol, uni au monde qu'on emporte avec soi, dans la pleine acceptation du vertige." ( Christian Oster in Dans le train ) Et puis passant d'un auteur de Minuit à l'autre j'ai entamé le dernier roman d'Eric Chevillard: "D'où sort-il? que vient-il chercher ici, chez moi, sur ma table de travail. Comme si je n'avais rien de mieux à faire que de méditer sur son cas, comme si je n'avais pas de plus hautes et nobles préoccupations. Pour une fois que je m'intéresse à moi. Pour une fois que j'envisageai d'écrire de façon plus confidentielle, d'évoquer des souvenirs personnels, et par exemple cette période de liberté sexuelle effrénée qui s'ouvrit en 1968 et prit fin justement le jour où j'atteignais moi-même l'âge de puberté en me frottant les mains, voici qu'un hérisson naïf et globuleux vient parasiter ma confession autobiographique déchirante." (Eric Chevillard in Du hérisson) Quand j'aurai un peu de temps, il faudra ranger ces deux-là dans la bibliothèque. Demain départ dans le Nord, retour de la chronique du bloc-notes aléatoire. lundi, mai 13, 2002
J'ai reçu ce mèl étonnant: J'ai
emprunté une fois Tentative
d'épuisement d'un lieu parisien de Georges Perec à la bibliothèque
Jules-Joffrin (XVIIIème arrond. de Paris), et, page 21, en regard de
ce texte souligné : " Café de la mairie, 18 oct 1974, 12
h 40 : «
Retour (aléatoire) d'individus déjà vus : un jeune garçon en caban bleu
marine tenant à la main une pochette plastique repasse devant le café
», au crayon, quelqu'un avait inscrit, se reconnaissant sans doute,
"moi" avec une flèche. J'ai emprunté le volume le 08.12.98;
fiche biblio en dernière page. J'ai tenté de retrouver la personne en épluchant les dates d'emprunt du livre, mais c'était pour le coup un travail fastidieux, vain. J'ai rendu le livre. Il y est encore, je suppose. L'étrange, tout de même, c'est le peu d'indices du portrait. Il faut peut-être imaginer un emploi du temps extrêmement précis au jeune homme ou une rigoureuse notation de ses faits et gestes à cette époque. C'est, en tout cas, un retour de fiction très remarquable. Peut-être s'agit-il d'un de ces moments oulipiens dont parle Jacques Roubaud dans son dernier livre La bibliothèque de Warburg ? Alain Sevestre dimanche, mai 12, 2002
J'entends déjà des voix dans le fond de la salle qui disent qu'un bloc-notes ( d'ailleurs eux ils appelent plutôt cela un blog ou un joueb ) ça sert surtout à donner des liens vers des sites sur lesquels on a échoué et sur lesquels on s'est plu, et qu'à la fin on ne sait plus comment on est arrivé dessus. Et non, comme vocifèrent les mêmes voix décidément dissipées du fond de la salle, pour faire des liens vers son propre petit capharnaüm. Dont acte. Aujourd'hui, je vous présente Georgy Kishtoo. Son site. Son bloc. Son writer's block. Bien que tout cela soit très lié. En fait il faut bien l'avouer, c'est en lisant le bloc de Georgy que j'ai eu l'envie de tenir le mien. N'étant pas prompt à maîtriser et la nouveauté et la technique donc a fortiori, la nouveauté technique, je lui ai un peu demandé comment il fallait faire. Les bons conseils ont fusé. Donc si d'aventure vous trouvez des ressemblances entre son bloc et mon bloc-notes, sachez que le copieur et le plagiat, c'est moi. Hier encore Georgy avait la gentillesse de se pencher sur le code html de mon bloc-notes et de parvenir notamment à décoller le texte des images. A vous visiteurs cela ne parait peut être pas grand chose ces douze malheureux pixels qui font gouttière, mais vous seriez en fait très surpris des efforts presque physiques qui ont été nécessaires pour décoller le texte de l'image. Et à ce bras de fer là, Georgy est beaucoup plus fort que moi. Merci à lui. |