Le bloc-notes du Désordre |
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samedi, mai 11, 2002
vendredi, mai 10, 2002
Cela m'a pris telle une lubie: j'ai décidé de restaurer le vieux jeu de Mémory. En fait je commence à jouer au mémory avec Madeleine et la laideur des dessins du jeu d'aujourd'hui m'a donné à revoir en songe les dessins de celui de mon enfance. Je l'ai ressorti, toutes les cartes du vieux jeu sont cornées et usées. Les dessins sont griffés et rayés, toutes ces éraflures disent les parties endiablées de temps lointains, et notamment des fins de parties durant lesquelles, dans la précipitation, on passait à côté d'un grand chelem de rêve, et on n'avait pas le plaisir de tout rafler jusqu'à la paire finale de cartes, avec toujours la question pour cette ultime paire: et la dernière qu'est-ce que c'est? L'escargot! ou "le petit lion"!Le jeu de l'enfance est désormais contenu dans une vieille boîte en bois très ouvragée, cadeau d'Helena, l'amie yougoslave des parents. La boîte aussi il faudra que je la confie à Pascal pour qu'il l'a remette en état. Toutes ces vielles illustrations qui fleurent bon le début des années soixante et les souvenirs qui affleurent: étonnant comme le jeu de memory devient lui même un objet et un enjeu de mémoire: je me souviens du chataîgnier en fleurs je me souviens de la bougie je me souviens de l'ananas je me souviens du rouge je me souviens de la grosse boule de Noël je me souviens de l'arbre en automne je me souviens du jaune propre je me souviens des pois blancs sur fond bleu foncé je me souviens de l'emballage des lustucrus ( un damier mauve et blanc ) je me souviens du poisson je me souviens du drapeau je me souviens des groseilles je me souviens du paon je me souviens de la petite boule de Noël je me souviens de la petite fraise je me souviens du jaune sale je me souviens du moineau je me souviens de la noix je me souviens du petit tigre à la fenêtre je me souviens du papillon je me souviens de la petite fille brune je me souviens du hibou je me souviens du bleu je me souviens de la petite fille blonde je me souviens de la petite église je me souviens de la petite pomme je me souviens du grand bouquet de fleurs je me souviens de la fleur bizarre dont on ne savait pas le nom je me souviens du ballon je me souviens de "la face B des Beatles" ( en fait une pomme coupée en deux, la face coupée apparente ) je me souviens du polichinelle je me souviens du cheval je me souviens de l'autre fleur bizarre dont on ne savait pas le nom je me souviens des légumes je me souviens des pois bleus sur fond blanc qu'il ne fallait pas confondre avec les pois blancs sur fond bleu foncé je me souviens de la marguerite je me souviens de "l'oie rouge" ( en fait une oie blanche sur fond rouge ) je me souviens de l'escargot je me souviens des grattoirs d'allumettes je me souviens des petits losanges ( en fait une mauvaise reproduction d'un patchwork amish ) je me souviens du tableau bleu, de la main et de la bille rouge je me souviens du "gros lion" ( qu'il ne fallait pas confrondre avec le "petit lion" qui en fait était un petit tigre à une fenêtre. ) je me souviens du cardinal rouge je me souviens du paon je me souviens des allumettes je me souviens du soleil je me souviens du bateau dans la nuit ( et comment plus tard lorsque je pris le ferry de Portsmouth un soir je repensais à cette miniature de bateau tandis que je conduisais ma voiture dans l'immense gueule du ferry, c'est étrange non cette association de pensée entre une chose minuscule les cartes du jeu de memory font 5X5 centimètres et quelque chose d'énorme au contraire. ) je me souviens de Babar ( et comment nous nous disputions sans cesse, mon frère Alain et moi, pour parvenir à obtenir cette paire plutôt qu'une autre ) je me souviens de "l'interdiction d'attérir" ( en fait un carré séparé en deux par la diagonale, une partie en rouge et l'autre en jaune, ce qui, de fait, sous la forme d'un drapeau, sur les aéroports signifie l'interdiction d'attérir ) je me souviens du grand tigre je me souviens du citron je me souviens des grands losanges ( qu'il ne fallait pas confondre aves les petits ) je me souviens de la cheminée d'usine ( c'est cette paire de carte qui manque au jeu, parce qu'elle était tellement abimée qu'il était possible de la reconnaitre retournée, aujourd'hui bien sur pour l'image je regrette beaucoup que nous ayions jeté cette carte, d'autant que j'aurais pu la restaurer sous Photoshop comme les autres cet après-midi. ) je me souviens du dessous des cartes, sur un fond blanc sale, des petites étoiles dessinées à l'encre bleu de Prusse, qui à l'époque était ma couleur préférée. Je me souviens du memory. jeudi, mai 09, 2002
Les choses, pour appeler les choses ainsi, se pécipitent au portillon. Mon amie la photographe Barbara Crane me demande de faire son site, étant donné le côté pléthorique de son travail, il va y avoir pléthore de travail. Et puis mon ami canadien Bart Habermiller me relance, après douze ans de silence, sur nos projets d'antan ( "Mr Bart and Mr Phil's big adventures" ). On ne peut pas dire que cela donne beaucoup de chances d'aboutir à des projets plus anciens et en complète deshérance. ai par ailleurs passé une fort belle après-midi en compagnie de ma fille Madeleine, tombée en émoi devant le petit phoque du rez-de-chaussée de la Grande Galerie de l'Evolution au Jardin des plantes. Il fut si difficile de lui expliquer que d'une part elle ne pouvait pas le consoler et que de l'emmener à la maison ne changerait rien à son sort. A sa décharge Madeleine n'a que trois ans. Image extraite du portfolio "Box 685, Hollywood, CA", lithographies de Bart Habermiller (Mr Bart) et Philippe De Jonckheere(Mr Phil) mardi, mai 07, 2002
En travaillant sur les pages Breton du site de l'Entre-tenir à Saint-Dizier, je numérise de nombreux poèmes d'André Breton comme celui-ci ( voir plus bas ). C'est un drôle de plaisir que celui de mettre ses pas dans ceux d'un poète, de "recopier" ce qui a été écrit, et qui a été si magistralement écrit. AGE Aube, adieu. Je sors du bois hanté; j'affronte les routes, croix torrides. Un feuillage bénissant me perd. L'août est sans brèches comme une meule. Retiens la vue panoramique, hume l'espace et dévide machinalement les fumées. Je vais m'élire une enceinte précaire: on enjambera s'il faut le buis. La province aux bégonias chauffés caquète, range. Que gentiment s'ameutent les griffons au volant frisé des jupes ! Où la chercher, depuis les fontaines? A tort je me fie à son collier de bulles... Yeux devant les pois de senteur. Chemises caillées sur la chaise. Un chapeau de soie inaugure de reflets ma poursuite. Homme... Une glace te venge et vaincu me traite en habit ôté. L'instant revient patiner la chair. Maisons, je m'affranchis de parois sèches. On secoue ! Un lit tendre est plaisanté de couronnes. Atteins la poésie accablante des paliers. 19 février 1916 André Breton, in clair de terre lundi, mai 06, 2002
Hier soir en rentrant du travail, le piano de John Lewis sur l'autoradio invitant à la rêverie, je repensais à la première fois que j'avais lu "La Vie Mode d'emploi" de Georges Perec. J'habitais alors au 227 de l'avenue Daumesnil, et il semblait y avoir une relation forte entre ce que je lisais et l'immeuble d'en face. Plus tard quand mon ami Remy me proposa d'écrire des petits scenarii de films se produisant tous au même moment dans un même immeuble, je repensais à cet immeuble en face duquel je ne vivais plus depuis longtemps. Maintenant, je voudrais écrire un feuilleton dont les épisodes se passeraient tous dans cet immeuble ( à vrai dire j'ai été témoin de tellement de scènes absurdes et aberrantes qui se sont vraiment passées dans cet immeuble que beaucoup pourraient être simplement restranscrites ). J'aimerai un jour avoir le temps de cela. ( Curieux aussi que cette image ait été prise un 6 mai, le 6 mai 1994 ) A moins que les récits ne prennent place dans cet immeuble-là. ( photographie: tour Armor, quartier du Vert-Bois à Saint-Dizier, avril 2002 )
Hier c'était fête, Le Pen était battu à la régulière et il écumait et éructait tant et plus, mais ce matin la gueule de bois persiste: un électeur sur cinq a tout de même voté pour la gangrène. Une personne sur cinq. Sans même mentionner que Jacques Chirac est réélu: une migraine carabinée, en somme. dimanche, mai 05, 2002
Et tout s'enchevêtra dans un désordre impeccable. ( Pierre Dac, citation aimablement prêtée par Frédéric Giraudet ) |